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25 juillet 2018

Rouyn-Noranda vu par… Pascal Binette

Pascal Binette reprendra son rôle de M. Kramer dans la comédie Deux hommes tout nus cet automne lors d'une tournée en Aabitibi-Témiscamingue. (Photo gracieuseté)

Natif de Jacola, une ancienne localité maintenant intégrée à Val-d’Or, Pascal Binette a réellement choisi Rouyn-Noranda pour sa culture et ses artisans. À la fois enseignant en théâtre, metteur en scène, comédien, improvisateur de haute voltige et humoriste, il incarne l’une des figures marquantes du milieu artistique. Et rien ne l’allume plus que de déclencher une vague de rire.

Évoquez-nous un souvenir qui vous rappelle votre enfance et qui est rattaché à Rouyn-Noranda.

Je suis arrivé à Rouyn à l’âge de 20 ans après un interminable DEC en sciences humaines au Cégep de Val-d’Or. J’ai fait une année en art et lettres, alors que je n’avais plus de cours obligatoires. Donc, j’ai fait art et lettres en un an. J’avais juste les cours de création, de cinéma avec Michel Lessard et de théâtre avec Jean-Guy Côté. Donc, pour moi, ç’a été une bouffée de culture dont je me suis régalé et que je n’avais jamais eue, venant d’une famille qui n’était pas du tout artistique. Ma plus grande force, quand je faisais du théâtre à Val-d’Or, c’était d’être le seul garçon. Quand je suis arrivé à Rouyn-Noranda, j’ai fait une audition et il y avait 50 gars pour 4 ou 5 rôles. J’ai eu un petit rôle de régisseur de la pièce. Ce fut mon premier rôle de théâtre réfléchi. C’est mon premier souvenir de Rouyn, cette bouffée de culture. C’est d’ailleurs moi qui, après mes études à Montréal, a convaincu "douce" de revenir vivre à Rouyn parce que j’étais tombé en amour avec le milieu culturel.

Quel moment aimeriez-vous revivre à Rouyn-Noranda?

On a joué une pièce qui s’appelait Le dîner de cons. J’étais avec Stéphane Gélinas. On a donné huit représentations et j’ai toujours regretté que cette pièce-là ne se soit pas promenée. J’aurais aimé faire une tournée. Il y avait une mécanique impeccable, puis on se complétait bien, Stéphane et moi. Il y a aussi mon premier DocuMenteur présenté à l’extérieur. J’ai pris l’animation de l’édition 5 à la 9 ½. Ç’a pris deux éditions avant que je puisse animer à l’extérieur sur la presqu’île. Moi, j’étais tombé amoureux de ce festival pour l’agora extérieure, la lumière, la ville orange, les cheminées, puis tout ce monde enroulé dans leurs couvertures, les chaises de parterre. J’ai fait wow, je veux ce job. Quand j’ai pu enfin le faire, ce fut un moment magique. C’est un peu ce que Marc Provencher veut recréer avec le Moto Film Fest.

Quel personnage de Rouyn-Noranda vous a marqué?

Michel Lessard, que j’ai aimé beaucoup et qui est un grand prof de cinéma. Il y a aussi Monique Bernier, qui a été une grande dame de théâtre ici. C’était la Geneviève Tétreault du Cégep pendant plusieurs années. Je suis entré dans son bureau comme un conquistador et je lui ai dit: moi, je vais animer tout ce que tu veux. Elle m’a donné plein de contrats et j’ai pu rencontrer plein de monde. Je pense aussi à Jean-Guy Côté ainsi qu’à Jeanne-Mance Delisle, que j’ai découverte sur le tard.

Quel endroit préférez-vous à Rouyn-Noranda?

J’aime beaucoup le Petit Théâtre. Je dirais que ma décision de revenir en Abitibi s’est passée lors d’un festival de clowns qui s’appelait Nez à nez, organisé par Caroline Lemire et Rosalie Chartier. Je suis revenu ici en 2005 pour suivre une formation de jeu clownesque et le soir, avec les rideaux rouges et les clowns de partout, je l’ai dit à Rosalie. Après, je suis revenu pour jouer dans ce théâtre. Je me suis dit que j’allais y faire du théâtre d’été. Ç’a pris du temps, mais bon… Je l’aimais laid et là, je l’aime encore plus.

Qu’est-ce qui fait la réputation de Rouyn-Noranda au niveau du tourisme?

Je pense que c’est l’offre culturelle. Tu peux décider un soir d’aller voir un spectacle hommage, de l’humour, etc. La proximité est l’fun aussi. Pour être allé en vacances à Toronto, je me suis rappelé pourquoi je suis revenu: le trafic. Ici, tout est proche et le monde est accueillant. Ç’a pris quatre ans à convaincre ma gang de "théâtreux" de Montréal à venir me voir à Rouyn. C’est le FME qui les a convaincus. Les shows, les filles, la musique, les bars… Le bar Les Chums, pour eux, c’est d’un exotisme extraordinaire. Pour nous, c’est mercredi. Le Parc, ça fait peur, mais ça fait partie du trip. Moi, je règle mes problèmes de couple dans le Parc.

Quel est votre resto favori à Rouyn-Noranda?

Je suis un gourmand. J’aime beaucoup la poutine au poivre et bacon de chez Pierrot. J’apprécie aussi le Moulin noir pour la langouste. J’aimais également beaucoup La Muse Gueule. Et les barres Mars frites du DeuxparQuatre. Je me dis qu’un jour, je vais le payer lorsqu’ils vont me débloquer une artère avec une balloune.

Quel artiste appréciez-vous le plus à Rouyn-Noranda?

Alexandre Castonguay. J’aime m’accoter au Gisement et jaser avec lui. J’aime le voir travailler même si je suis à l’autre bout du spectre avec lui. Je suis le deuxième acteur. Quand Alexandre ne peut pas, on m’appelle, que je dis souvent à la blague. Mais sa plume, comment il écrit, comment il travaille, comment il est intense… Il y a aussi Isabelle Rivest, un talent brut. Autant quand elle chante que quand elle joue, elle vient te chercher. Je pense aussi à son conjoint, le réalisateur Dominic Leclerc. Puis, il y a Virgil Héroux-Laferté. En fait, il y en a beaucoup!

Quel est le secret le mieux gardé de Rouyn-Noranda?

Les femmes! Moi, je trouve qu’on a des femmes extraordinairement belles. De toutes les nationalités! Je me promène pas mal et le ratio des femmes magnifiques est très élevé à Rouyn-Noranda. Même mes amis qui viennent de l’extérieur font wow! Ça doit être le cuivre dans l’eau…

Quel est le principal défi que Rouyn-Noranda doit relever?

Je pense que ce sera d’attirer de la main-d’œuvre, car le domaine artistique a besoin des entreprises. Mais les entrepreneurs ont besoin d’employés avant tout. Même moi, en tant que producteur, je constate qu’il n’y a pas tant d’acteurs que ça en ville. Il va falloir compétitionner avec les autres villes de taille similaire pour inciter les gens à venir ici. On est du mauvais côté du fleuve. Il va falloir convaincre le monde, convaincre les Français de venir ici plutôt que d’aller à Montréal. Je pense que tout l’aspect culturel nous aide beaucoup.

Quel avenir entrevoyez-vous pour Rouyn-Noranda?

La belle Capitale culturelle du Nord. Un peu comme Jonquière. On a des festivals qui durent dans le temps. Même nous autres, aux Volubiles, c’est impressionnant qu’on roule depuis 10 ans. Il y a tout le temps du monde… On doit garder ce titre-là! Plus il y a de la culture, plus y a de monde. Puis quand les mines finiront d’exister qu’on se trouve d’autres façons de continuer. Continuer de semer des graines au niveau touristique, puis que le monde se dise: je vais y aller voir par-delà ce fameux Parc.

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