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07 mars 2019

Anne Blondin - ablondin@lexismedia.ca

Grogne contre l’implantation des maternelles 4 ans

«L’enseignant n’aura pas les mêmes moyens que moi» - Julie Dallaire, éducatrice en CPE

AB-Maternelle4ans

©Photo L’Éclat/Le Citoyen – Anne Blondin

Les différents intervenants du milieu de la petite enfance feront des actions au cours du prochain mois afin de manifester leur désaccord envers l’implantation des maternelles 4 ans.

Le 7 mars à Rouyn-Noranda, plusieurs intervenantes du milieu de la petite enfance ont dénoncé l’implantation des maternelles 4 ans tant souhaitée par le gouvernement Legault. Selon elles, plusieurs inquiétudes demeurent sans réponse. 

Julie Dallaire est éducatrice au CPE La Ribambelle depuis 25 ans. Lorsqu’elle parle de son métier et de ses petits, il est possible de sentir tout l’attachement qu’elle ressent pour eux. Elle s’occupe présentement d’un groupe d’enfants âgés de 4 ans et a développé une expertise pour préparer les jeunes qui lui sont confiés à faire la transition vers l’école. 

Une de ses plus grandes préoccupations face à l’implantation des maternelles 4 ans est la disponibilité de l’éducatrice. 

«En CPE, un groupe de 4 ans est composé de 10 enfants, a-t-elle expliqué. Dans mon cas, j’en ai 9 parce que j’ai un enfant avec des besoins particuliers. Cependant, l’enseignante de maternelle 4 ans va se retrouver avec une classe de 14 à 16 élèves. Elle va manquer de temps pour répondre aux besoins de chaque enfant.» 

Manque de réalisme 

Un des arguments préconisés par le premier ministre François Legault pour promouvoir la maternelle 4 ans est que le service permettra de faire le dépistage précoce de certains problèmes scolaires. En fonction du nombre d’enfants qui formeront les classes, Julie Dallaire doute que cela soit réaliste. 

«L’enseignante n’aura pas de temps pour observer tous les enfants et cibler leurs besoins développementaux spécifiques à chacun, a estimé Mme Dallaire. J’ai peur qu’il ne puisse pas détecter les petits anxieux, les petits avec des troubles d’opposition et ceux qui passent sous les radars parce qu’ils sont trop sages.» 

Le sentiment d’attachement 

Au-delà de l’apprentissage et du développement de certaines habiletés, Julie Dallaire est persuadée que les enfants de 4 ans ont surtout besoin de créer une relation forte avec l’adulte en charge de leur groupe. Elle doute qu’une enseignante avec 16 élèves à sa charge puisse y arriver. 

«Pour qu’un enfant se développe bien, il doit développer un sentiment d’appartenance et de sécurité, a-t-elle insisté. L’enseignante n’aura pas les mêmes moyens que j’ai pour favoriser ces sentiments, qui sont nécessaires aux enfants pour développer leur cognition, entre autres. Ils ont encore besoin de se faire cajoler à cet âge, d’être pris dans nos bras.» 

Mêlés aux grands

Mme Dallaire admet que les locaux destinés aux maternelles 4 ans et ceux des CPE devraient étrangement se ressembler. Ce qui l’inquiète c’est tout ce qui se passera à l’extérieur. 

«Les petits seront mélangés avec des enfants plus vieux, que ce soit au service de garde ou à la récréation, a-t-elle souligné. Je les trouve petits pour être confrontés à cela. De plus, auront-ils l’occasion de faire la sieste convenablement? Nous faisons des siestes d’une heure en CPE. On ne sait pas si cela pourra se faire à la maternelle 4 ans. Il y a tellement d’enfants anxieux qui ne sont pas prêts à être jetés dans ces grands espaces.» 

Transition en douceur 

Julie Dallaire prépare ses jeunes de 4 ans à intégrer la maternelle tout au cours de l’année. Plusieurs actions concrètes sont faites pour y parvenir, dont le fait de parler de l’école. 

«On fait des visites dans une école, il y a des journées boîte à lunch, où l’enfant amène son repas de la maison, et nous avons reçu une formation en ergothérapie pour préparer l’enfant à l’écriture», a-t-elle énuméré. 

 

Pétition en ligne 

Le Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance (CQSEPQ) et la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) font front commun contre l’implantation des maternelles quatre ans dans la région et partout au Québec. Les parents d’enfants fréquentant les garderies et les CPE de la région et les personnes interpellées par la question sont invités à signer la pétition contre l’implantation des maternelles 4 ans sur le site de l’Assemblée nationale. 

 

Un choix parental 

De passage à Rouyn-Noranda, le 7 mars, la présidente de la FIPEQ-CSQ, Valérie Grenon, a indiqué que les parents ont actuellement le choix d’inscrire leur enfant à la maternelle 4 ans ou le laisser dans son milieu de garde actuel. Selon un sondage Léger réalisé pour le compte de la FIPEQ-CSQ, 68 % des répondants demeuraient en faveur des CPE et des milieux familiaux publics. Valérie Grenon a dénoncé l’improvisation du gouvernement dans ce dossier. Elle a fait valoir qu’un réinvestissement dans le réseau des CPE et la création de nouvelles places restent les meilleures options pour faire du dépistage précoce chez les enfants, contrairement aux maternelles 4 ans. 

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