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06 juillet 2019

Lucie Charest - lcharest@lexismedia.ca

Quatre professionnelles en deuil de leur piscine municipale

Après 40 ans et plus de natation, la dernière longueur leur a brisé le coeur

Josée Latraverse

©Lucie Charest - Le Citoyen Rouyn - La Sarre

Anick Héroux, Josée Latraverse, Josée McFadden et Nicole Barbe utilisaient la piscine de Ville-Marie depuis 40 ans et plus.

Quelques jours après la fermeture définitive de la piscine de Ville-Marie le Journal a rencontré quatre femmes pour qui la piscine municipale fait partie intégrante de leur mode de vie depuis 40 ans. La rencontre a été ponctuée de grands rires et aussi de larmes.

«Quand j’ai fait ma dernière longueur en juin, c’est plus qu’un pincement au cœur que j’ai ressenti, a avoué Josée Latraverse, chef d’équipe au Lieu historique national Fort Témiscamingue. Je ne sais vraiment pas ce qui va advenir de moi. Je nage depuis que je suis au primaire.»

De 9 à 13 ans, Josée Latraverse a fait de la compétition au niveau provincial. En plus d’avoir été championne régionale, elle a fait la Traversée du Lac-St-Jean de 15 km. Elle a poursuivi son entraînement de natation depuis plus de 40 ans à raison de trois matins par semaine.

Sa complice de compétition, au moment de leur enfance et adolescence, Josée McFadden, est aujourd’hui courtier immobilier. Elle cumule les succès professionnels et déborde de joie de vivre. «Les matins que je nage, je vois la différence entre moi et mes collègues quand j’arrive au bureau le matin», a-t-elle constaté.

Josée Latraverse

©Lucie Charest - Le Citoyen Rouyn - La Sarre

La rencontre avec Anick Héroux, Josée Latraverse, Josée McFadden et Nicole Barbe, a été ponctuée de rires et de larmes au gré de nombreux souvenirs qui sont remontés à la surface.

«Quand j’ai fait ma dernière longueur en juin, c’est plus qu’un pincement au cœur que j’ai ressenti» - Josée Latraverse

Santé physique et mentale

Nicole Barbe, cadre intermédiaire retraitée du CISSSAT, et Anick Héroux, enseignante à l’école secondaire Marcel-Raymond n’ont pas fait de compétition comme leurs deux collègues de natation matinale toutefois, elles s’entendent sur un point: la pratique de la natation contribue à la forme physique tout autant qu’à la santé mentale. «Je le constate chez mes élèves, a souligné Mme Héroux. Les ados qui font partie du Club Exotem, ou font de la natation performent bien en classe, ils développent une belle capacité de concentration.»

Nicole Barbe est du même avis. Elle avait elle-même nagé dans cette piscine qui qui avait ouvert ses portes à la fin des années 1960. Elle a contribué à la fondation du club de natation Exotem avec Carole Cholette. «Mes fils ont obtenu leur Médaille de bronze de de la Croix rouge au début des années 1990, a-t-elle relaté. La piscine venait de rouvrir après une dizaine d’années de fermeture. Nous avons pu mesurer l’impact de la natation chez les jeunes par la suite. Plusieurs champions provinciaux et nationaux ont débuté ici. Pensons à Joanie Barbe, elle a poursuivi la compétition en représentant son université au niveau national pendant ses études en médecine.»

Un service essentiel

«Moi, j’ai été élevée dans cette piscine, a confié Anick Héroux. J’habitais en bas de la côte ici, dès l’âge de quatre ans, j’étais dans la piscine. Je suivais les traces de ma grande sœur Édith. Elle faisait partie du Club de natation les Élites de Ville-Marie, j’avais une grande admiration pour elle. Édith a d’ailleurs souffert de sclérose en plaques, et c’était la seule activité qu’elle pouvait désormais pratiquer.»

L’évocation de ce triste souvenir a fait monter les larmes chez les quatre collègues de natation. La conversation est alors devenue plus émotive. Il est apparu évident que cette piscine a été aussi pour plusieurs une forme de bouée de sauvetage. «Moi, je me faisais intimider à l’école, s’est remémoré Josée Latraverse. Une chance que j’ai eu la piscine. À la piscine, j’avais un autre groupe d’amis, j’avais une belle vie. J’étais bonne, on m’appréciait. Je ne sais pas ce que je serais devenue sans la natation.»

«Je ne sais pas si je vais rester au Témiscamingue quand je vais prendre ma retraite, a tranché Josée McFadden. Je suis grand-maman. J’ai des petits-enfants ici, mais aussi à Montréal et à Barraute. Je peux vivre à un endroit ou à un autre, mais je ne peux concevoir ma vie sans natation. Comment nos décideurs peuvent s’imaginer attirer des gens ici en abolissant des services essentiels comme une piscine?»

Josée Latraverse

©Lucie Charest - Le Citoyen Rouyn - La Sarre

Josée Latraverse, au centre, s'est demandé ce qu'il adviendrait d'elle sans ses séances de natation matinales.

Les trois autres dames ont opiné de la tête à cette dernière remarque de Mme McFadden. Toutes quatre trouvent inconcevable qu’un territoire où les plans d’eau foisonnent puisse s’interroger sur la possibilité d’avoir ou non une piscine où les enfants en bas âge pourraient apprendre à nager. «C’est une question de sécurité publique», s’entendent-elles pour dire.

Au fil de l’entretien, leurs souvenirs se sont bousculés, tous plus émouvants les uns que les autres. Il était clair que pour ces dames et assurément nombre d’usagers de la piscine de Ville-Marie, au 30 juin 2019, non seulement une page d’histoire a été tournée, mais elle a arraché le cœur.

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