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28 août 2019

Camille Lalancette - clalancette@lexismedia.ca

Un véritable or vert qui reste à mettre en valeur

Le pacage intensif et le foin de commerce seraient une solution pour utiliser les terres en friches de la région

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©Camille Lalancette

Les copropriétaires de la Ferme Écobœuf, Simon Lafontaine et Frédérique Lavallée.

L’Abitibi-Témiscamingue possède encore beaucoup trop de terres au potentiel agricole qui ne sont pas mises en valeur. Quelques producteurs sortent cependant des sentiers battus pour mieux occuper le territoire.

En 2016, Statistique Canada recensait 110 106 hectares en culture dans la région, alors que la zone agricole permanente représentait 634 500 hectares. Pas moins de 524 394 hectares resteraient donc disponibles pour une mise en valeur.

Miser sur la qualité de l’herbe

Agronome et propriétaire d’une entreprise à pâturage à Palmarolle, Daniel Carle encourage depuis 40 ans la production de bovins nourris à l’herbe en offrant ses terres aux producteurs de la région qui souhaitent y faire paître leurs bêtes.

«Du bœuf, ça mange de l’herbe. Et des terres agricoles pour en faire pousser, il y en a beaucoup sur notre territoire», a-t-il mentionné.

Le plus récent exemple d’occupation des terres qui maximise le rendement du fourrage est la Ferme Écobœuf, située à Dupuy. Celle-ci mise sur la technique du pâturage intensif multiparcelles pour nourrir ses bovins. «C’est le meilleur moyen de valoriser les ruminants. Ça le dit, un ruminant, c’est fait pour manger de l’herbe. Ces animaux ont un système digestif qui valorise le fourrage», a expliqué la copropriétaire Frédérique Lavallée.

L’autre copropriétaire, Simon Lafontaine, est d’avis qu’il existe un potentiel économique dans la remise en production des terres en friches. «Notre projet consiste à valoriser l’importance environnementale de cette utilisation des terres agricoles. Les pâturages, c’est probablement la culture qui est la meilleure pour la biodiversité», a-t-il fait valoir en rappelant qu’Écobœuf mise sur la production de bœufs carboneutres tout en permettant à ses gestionnaires d’en obtenir un revenu décent.

«On voit un potentiel qui se perd. On voit aussi qu’il y aurait une possibilité d’y faire de l’agriculture. Mais il faut la promouvoir, cette agriculture-là. Et pour ça, ça nous prend le soutien de l’État» - Pascal Rheault

La richesse des friches

Lorsqu’elles sont laissées à l’abandon, les terres agricoles subissent la contre-attaque de la nature. Des branchages et une végétation abondante empêchent alors le propriétaire de faire pousser toute culture. Il lui faudrait débroussailler ou labourer pour ravoir un sol cultivable.

Or, ce problème peut devenir un atout en production bovine. Comme les branchages ne dérangent pas les ruminants, un éleveur pourrait sans trop de difficulté faire pacager ses animaux sur des terres en friche.

Reboiser?

Ces terres à l’abandon sont cependant aussi convoitées par un programme de reboisement financé par le gouvernement fédéral. Le président de la Fédération régionale de l’UPA d’Abitibi-Témiscamingue, Pascal Rheault, s’est d’ailleurs dit préoccupé par ce programme.

«On extrapole qu’avec les changements climatiques, la terre cultivable va devenir une denrée rare. Si on plante des arbres dessus et qu’on la gèle, peut-être que dans 20 ans on va avoir besoin de ces terres-là, mais on ne pourra plus l’utiliser. On voit un potentiel qui se perd. On voit aussi qu’il y aurait une possibilité d’y faire de l’agriculture. Mais il faut la promouvoir, cette agriculture-là. Et pour ça, ça nous prend le soutien de l’État», a-t-il exposé.

À cet égard, l’UPA espère instaurer un protocole afin de faire reboiser uniquement les plus vieilles terres en friche.

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©Camille Lalancette

Le pacage intensif est une des avenues explorées pour développer l’utilisation des terres agricoles.

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©Camille Lalancette

Le président de la Fédération régionale de l’UPA d’Abitibi-Témiscamingue, Pascal Rheault.

Du foin pour faire du foin

Outre le bœuf à l’herbe, qui présente un bon potentiel exploitable dans la valorisation des friches, M. Rheault est d’avis qu’une institution pour faire du foin de commerce pourrait être promise à un bel avenir en Abitibi-Témiscamingue.

«Ce serait peut-être une opportunité de développement, a-t-il suggéré. C’est sûr qu’on a le climat pour en faire.» Sans compter qu’avec le format des grosses balles carrées, le foin pourrait être facilement transporté par remorques sur de bonnes distances.

Avantage Abitibi-Témiscamingue

Selon les données de la Financière agricole du Québec, le prix moyen des terres agricoles de l’Abitibi-Témiscamingue serait de 1275 $ l’acre. Au Québec, ce prix atteint plutôt 6474 $. Les terres de la région seraient donc environ cinq fois moins chères que la moyenne québécoise. Il s’agirait d’un avantage de taille.

«Ici, la rentabilisation d’une superficie cultivable n’a peut-être pas la même signification qu’ailleurs. Un producteur d’une autre région pourrait vouloir faire du pâturage à certains endroits, mais en être incapable parce qu’il doit rentabiliser davantage sa terre. Ici, c’est vraiment la meilleure place pour élever du bœuf à l’herbe parce qu’ailleurs, ce serait peut-être difficile d’être rentable», a avancé Frédérique Lavallée.

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