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04 octobre 2019

Dominic Chamberland - dchamberland@lexismedia.ca

Rapport Viens: réactions partagées des leaders autochtones

Commission Viens

©Photo Le Citoyen - Dominic Chamberland

David Kistabish, chef de Pikogan, en compagnie du juge Jacques Viens, président de la Commission sur les relations entre autochtones et services publics au Québec.

Des services publics du Québec passent un mauvais quart d’heure concernant leurs façons de faire avec les autochtones dans le rapport d’enquête de la Commission Écoute Réconciliation Progrès, un rapport lapidaire présenté par son président Jacques Viens, lundi au Pavillon des Premiers Peuples de l’UQAT à Val-d’Or.

Faisant suite à des centaines de déclarations écrites et de témoignages recueillis entre juin 2017 et décembre 2018 au cours d’audiences tenues à Val-d’Or et ailleurs dans la province, ce rapport de quelque 500 pages du juge Viens, en gros, fait état de discrimination systémique à l’endroit des autochtones dans certains services publics (police, justice, milieu carcéral, santé et jeunesse).

Le juge Viens poursuit en relevant l’incapacité et l'échec de l’État à son devoir de répondre aux besoins des autochtones, tout en formulant 142 recommandations pour changer les choses. «Une certitude se dégage des travaux de la Commission, soit l’absence de sensibilité des réalités sociales, géographiques et culturelles envers les autochtones dont font montre les structures et les processus en place, a déclaré le juge Viens.

«Malgré des efforts d’adaptation, certaines lois sont sources d’iniquité. Les politiques colonialistes établies dans une volonté de normalisation n’ont rien à voir avec les réalités et les besoins des autochtones, a-t-il ajouté. De plus, la méconnaissance des peuples autochtones amène son lot de préjugés. Plusieurs personnes venues témoigner à la Commission l’ont senti», a fait remarquer Jacques Viens.

«Il y a urgence d’agir»

Les leaders autochtones de l’Abitibi rencontrés sur place, en général, ont accueilli le rapport Viens avec un grain de sel. Pour une, Adrienne Jérôme, cheffe de la communauté anishnabe de Lac-Simon, aurait apprécié qu’il aille plus loin encore. «C’est vrai qu’il parle de discrimination systémique, mais pas de racisme, a-t-elle signalé. Chose certaine, il y a urgence d’agir. On ne veut plus se faire gérer et se faire dire quoi faire par les gouvernements. De ce côté-là, ce rapport est un premier pas intéressant.»

Pour sa part, David Kistabish, chef de la communauté anishnabe de Pikogan, souhaite que le rapport soit pris très au sérieux par le gouvernement du Québec. «J’espère qu’il ne sera pas tabletté, que ses recommandations seront respectées et mises en application, a-t-il mentionné. On a beau dire que ç’a débuté en 2015, le vrai travail commence aujourd’hui. Qu’est-ce qu’on fait maintenant avec ce rapport en Abitibi? Comment sera-t-il perçu par les gens et les autorités?», s’est demandé M. Kistabish à voix haute.

Régis Penosway, chef du conseil de bande de Kitcisakik, préfère aussi attendre un peu avant de s’emballer. «Il est question de réconciliation, mais on a hâte de voir jusqu’où le gouvernement va aller et comment il va s’y prendre pour y arriver. On espère une vraie réconciliation et de véritables actions; c’est important pour nous», a-t-il exprimé en déplorant l’absence du député d’Abitibi-Est et ministre régional Pierre Dufour à la présentation du rapport Viens. «C’est décevant, car la Commission Viens origine quand même de son comté», a noté M. Penosway.

 

«AU GOUVERNEMENT D'ÉCOUTER SA PROPRE COMMISSION!»

Le président du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, Oscar Kistabish, reçoit favorablement le rapport Viens, en autant que le gouvernement passe à l’action sans tarder.

«C’est important que les recommandations soient mises en place et que le processus soit bien surveillé, sinon la Commission n’aura servi à rien, a-t-il affirmé. C’est maintenant au gouvernement d’écouter sa propre commission! C’est le temps pour le gouvernement et la société québécoise d’être courageux en osant la justice sociale, la reconnaissance et la réconciliation», a ajouté M. Kistabish.

Édith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone, dit aussi accueillir le rapport Viens avec un sentiment général de satisfaction, sauf qu'elle le trouve plutôt timide concernant la Sûreté du Québec. «Ce serait important que la SQ présente des excuses publiques en lien avec les préjudices subis par des autochtones, comme l’ont fait la GRC et la police de Winnipeg au Manitoba. À cet égard, le rapport nous laisse sur notre faim, a-t-elle exprimé.

«Qu’en est-il du cœur même de cette commission, soit les femmes de Val-d’Or qui en ont été l’élément déclencheur en dénonçant des abus?, s’est interrogée Mme Cloutier. Le courage de ces femmes se traduit-il dans les recommandations du rapport au sujet de la SQ? La réponse est non. Ce sont encore elles qui sont laissées pour compte», a-t-elle soutenu.

«Des choses inacceptables sont arrivées à ces femmes et il n’y a aucune recommandation (dans le rapport Viens) pour rétablir ce point-là», a quant à elle déploré Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec.

Les excuses, la pierre angulaire

Oscar Kistabish espérait voir le gouvernement du Québec appliquer la recommandation #1 du juge Viens en présentant des excuses officielles aux peuples autochtones pour les torts et préjudices subis par ceux-ci dans l’histoire. Excuses qui allaient d’ailleurs venir rapidement du premier ministre François Legault, durant lesquelles il a notamment salué le courage des femmes dénonciatrices de Val-d’Or.

«Ce geste, c’est admettre ce qui s’est passé. Ces excuses doivent être sincères dans le sens où il faut ensuite réparer ce qui a été fait», a signifié M. Kistabish. «Des excuses de l’État, c’est la pierre angulaire qui va donner le ton à tout le reste», a renchéri Édith Cloutier.

Celle-ci fait remarquer que le changement viendra à condition que l’État rende le rapport Viens vivant, qu’il devienne un instrument de rapprochement et qu’il soit pris au sérieux non seulement par le gouvernement, mais aussi par les employés de la fonction publique. «Ils sont le reflet de notre société, a-t-elle mentionné. La discrimination n’est pas un problème autochtone, mais un problème collectif. Les solutions doivent donc être collectives, ce qui exigera des efforts de part et d’autre», a indiqué Mme Cloutier.

PAS DE TABLETTE, ASSURE LA MINISTRE D'AMOURS

Pour réagir à la publication du rapport Viens, le gouvernement Legault a dépêché à Val-d’Or pas moins de trois ministres directement concernés, soit la vice-première ministre Geneviève Guilbault, aussi ministre de la Sécurité publique, la ministre des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, et le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant.

Commission Viens - Ministres

©Photo Le Citoyen - Dominic Chamberland

Les ministres Geneviève Guilbault, Sylvie D'Amours et Lionel Carmant lors de leur point de presse à Val-d'Or.

Le trio ministériel s’est voulu rassurant, soulignant que les leaders autochtones sont invités à Québec le 17 octobre prochain afin de déterminer avec le gouvernement les priorités et les actions à prendre pour améliorer la situation le plus rapidement possible.

«On reçoit avec grand sérieux ce rapport, qui ne connaîtra jamais la tablette parce qu’il n’aura même pas le temps d’y aller, a assuré la ministre D’Amours. Jamais notre gouvernement ne tolérera quelque forme de discrimination que ce soit dans les services publics. Ensemble, avec les leaders des Premières Nations, on va travailler sur les suites à donner au rapport pour bien répondre aux besoins des autochtones.»

La ministre Guilbault: «Des observations très troublantes»

Répondant à une question en anglais, Geneviève Guilbault a qualifié de «très troublantes» les observations du juge Viens sur la discrimination systémique envers les autochtones. «Avec le dépôt de ce rapport, une grande étape a été franchie vers la réconciliation, a déclaré la numéro 2 du gouvernement.

«Par respect pour ce rapport, notre gouvernement va prendre le temps de le lire et de l’analyser. C’est essentiel d’avoir la validation des Premières Nations pour identifier les recommandations les plus pressantes et les façons de les mettre en application, a-t-elle enchaîné. Je tiens à témoigner mon respect personnel envers ces femmes courageuses de Val-d’Or qui ont dénoncé; nous vous avons entendues», a affirmé Mme Guilbault.

Un avant et un après rapport Viens

À la Ville de Val-d’Or, on signale partager l’esprit d’ouverture, de respect et de créativité dont le rapport Viens invite la société québécoise à faire preuve. «Il y aura, au Québec, un avant et un après rapport Viens, a lancé Pierre Corbeil, maire de Val-d’Or.

«J’aime les conclusions où il invite les citoyens à être des agents de changements et à s’informer sur l’histoire des autochtones pour mieux comprendre leurs réalités, a-t-il poursuivi. Ce rapport impose la réflexion et la reconnaissance des faits pour, par la suite, nous diriger vers des actions concrètes et déterminantes basées sur l’écoute de l’autre. En 2019, l’inaction n’a plus sa place dans cette équation», a mentionné M. Corbeil.

 

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