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29 octobre 2019

Jean-François Vachon - jfvachon@lexismedia.ca

Arsenic: des résultats semblables à Yellowknife

Une étude de biosurveillance sur une mine abandonnée établit des parallèles intéressants avec Rouyn-Noranda

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©Gracieuseté - Le Citoyen Rouyn - La Sarre

La mine d’or Giant de Yellowknife contient plus de 237 000 tonnes de trioxyde d’arsenic. Ce site doit être restauré par le gouvernement des Territoires-du-Nord-Ouest.

Dans le cadre du projet de décontamination de l’ancienne mine d’or Giant de Yellowknife, une étude de biosurveillance s’est amorcée en 2017. La première vague de résultats, dévoilée en mai 2019, permet de dresser un parallèle intéressant avec celle menée récemment à Rouyn-Noranda.

Contrairement à la Fonderie Horne, qui relâche son arsenic dans l’air ambiant, le plus grand danger pour Yellowknife demeure les 237 000 tonnes de trioxyde d’arsenic entreposées à 75 mètres sous la surface.

Pour assurer la sécurité des gens durant le processus de restauration de ce site abandonné depuis 2004, une initiative de surveillance de la population a été lancée en 2017. Menée par le Dr Laurie Chan, professeur à l’Université d’Ottawa et chercheur à la Chaire de recherche en toxicologie et en santé environnementale, cette enquête a été menée auprès de 2037 personnes, soit 506 enfants et 1531 adultes.

«Les gens de Yellowknife, Ndilo et Dettah voulaient savoir à quel type de métal ils étaient exposés en raison de l’exploitation de la mine Giant avant les débuts de sa restauration. C’est pourquoi le programme de biosurveillance à long terme qui surveillera la population avant, pendant et après les travaux a été mis sur pied. La première étape de cette étude était d’établir une base de référence. Par la suite, nous allons continuer à surveiller la population avec d’autres études dans cinq et dix ans à partir d’aujourd’hui, alors que les activités de restauration auront cours», a expliqué le responsable de l’étude, le Dr Laurie Chan, lorsque contacté pour plus de détails.

Durant les deux vagues de tests, l’équipe du chercheur a recueilli des ongles d’orteils pour connaître l’exposition à long terme à l’arsenic, de l’urine pour l’exposition quotidienne et des échantillons de salive pour déterminer les facteurs génétiques de l’impact de l’arsenic dans l’organisme. Les gens ont également été invités à remplir un questionnaire sur leurs habitudes de vie et leurs habitudes alimentaires.

Urine: des résultats plus élevés qu’à Rouyn-Noranda

Les premiers résultats ont été dévoilés en mai 2019. Chez les enfants de la région de Yellowknife, l’arsenic dans l’urine affichait un taux de 6,6 microgrammes par litre. Du côté des adultes, la concentration d’arsenic urinaire était de 5,3 microgrammes par litre. Dans les deux cas, la moyenne canadienne était de 5,4.

Rappelons que l’étude menée en 2007 à Rouyn-Noranda avait déterminé, alors que la concentration d’arsenic dans l’air ambiant dépassait les 600 nanogrammes par mètre cube, que la concentration d’arsenic urinaire était de 4,5 microgrammes par litre pour la population du quartier Notre-Dame.

Notons que la concentration d’arsenic urinaire ne présente pas de danger en bas d’une concentration de 21 microgrammes par litre d’urine. Des populations étudiées à Yellowknife, 87 personnes (dont 38 enfants) affichaient un taux d’arsenic urinaire supérieur à la limite.

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©Gouvernement du Canada - Le Citoyen Rouyn - La Sarre

L’usine de traitement des effluents contaminés de la mine Giant à Yellowknife.

Ongles: des résultats identiques

Dans l’arsenic unguéal, les résultats chez les enfants sont sensiblement les mêmes, soit 420 ng/g pour les enfants de Rouyn-Noranda par rapport à 400 ng/g pour ceux de Yellowknife. Chez les adultes de Yellowknife, le taux descend à 100 ng/g.

Notons que, selon les résultats de l’étude par le Dr Chan, le taux de référence est de 1300 ng/g pour les enfants et de 500 ng/g pour les adultes. Ces résultats se comparent à ceux d’autres vieilles villes minières d’Arizona, d’Australie et du Royaume-Uni. De plus, un taux plus élevé ne veut pas nécessairement dire qu’il y a des risques pour la santé, note l’étude.

D’abord les poussières et les sols

«Les études à travers le monde ont démontré que, dans les situations où le taux d’arsenic est plus élevé chez les enfants que chez les adultes, c’est dû à l’exposition aux poussières et aux sols. Ces études, menées en Australie et au Royaume-Uni, ont été conduites dans des sites où une exploitation minière avait eu lieu et où l’eau potable contenait des taux d’arsenic faibles», a expliqué le Dr Laurie Chan.

«Si tout le monde dans la ville était exposé à des hauts niveaux d’arsenic, l’eau potable serait le coupable. Ce n’est cependant pas le cas à Yellowknife, alors que la majorité de la population est en-dessous des niveaux de référence. Alors, la poussière et le sol sont très probablement les coupables», a-t-il ajouté.

«Nous sommes actuellement en train de conduire des analyses plus poussées sur nos échantillons d’ongles d’orteils avec une technologie innovante d’ablation au laser qui nous permettra de savoir précisément pourquoi les enfants ont plus d’arsenic dans leurs ongles que les adultes» - Dr Laurie Chan

Au total, 158 personnes (dont 86 enfants) à Yellowknife affichaient des taux d’arsenic unguéal plus élevé que la plus haute limite.

Résultats à venir

D’autres résultats doivent être dévoilés en 2020, alors que plus de tests seront menés. On s’intéressera toujours à la concentration d’arsenic dans les ongles d’orteils, aux habitudes de vie et alimentaires de la population, aux informations génétiques en lien avec l’arsenic ainsi qu’à l’historique médical de la population concernée.

«Nous sommes présentement en train d’analyser les données et d’écrire un article qui discutera des risques pour la population, s’il y en a. Celui-ci devrait être disponible au printemps 2020», a confié le Dr Laurie Chan.

Une mine d’or remplie d’arsenic

La mine d’or Giant de Yellowknife a été active de 1948 à 2004 et a livré plus de 7 millions d’or. Plusieurs compagnies se sont succédé à sa tête, dont Falconbridge, Pamour et Royal Oak Mines. Lors de la faillite de cette dernière en 1999, le gouvernement fédéral a pris possession du site pour le décontaminer. En accord avec Ottawa, la compagnie Miramar Mining Corporation a ensuite procédé, de 1999 à 2004, à l’extraction du minerai restant. Depuis, le site est considéré abandonné et relève du gouvernement des Territoires-du-Nord-Ouest.

Cette ancienne mine contient plus de 237 000 tonnes de trioxyde d’arsenic, un sous-produit du traitement de l’or, confinées dans une quinzaine de chambres souterraines scellées. À titre informatif, cette même substance contamine le site de l’ancienne mine Beattie à Duparquet.

Avant l’entrée de lois plus sévères en 1951, l’arsenic de la mine Giant était relâché dans l’air lors du processus du traitement du minerai. À compter de 1951 et jusqu’à la fermeture de la mine, cette matière a ensuite été entreposée sous terre.

L’entreposage de cette quantité d’arsenic constitue le plus grand défi lié à la décontamination. En 2014, le gouvernement a autorisé, au coût de 900 M $, un projet de restauration consistant notamment à congeler l’arsenic sous terre afin d’éviter son écoulement vers la surface. Il s’agissait alors de la meilleure solution. Le groupe responsable tente cependant, encore aujourd’hui, de trouver une meilleure méthode pour protéger l’environnement et la santé des gens de la région de Yellowknife.

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©Patrick Rodrigue - Le Citoyen Rouyn - La Sarre

Le trioxyde d’arsenic est la même substance qui contamine l’ancienne mine Beattie à Duparquet. Le site ne présente cependant aucun risque d’écoulement vers la localité.

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