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10 février 2020

J'espère m'être trompé!

Le dernier président de la Commission scolaire de Rouyn-Noranda très inquiet face à l'avenir du système d'éducation

CSRN_Daniel_Camden

©Archives - Le Citoyen Rouyn - La Sarre

Daniel Camden aura été le dernier président de la Commission scolaire de Rouyn-Noranda

Je vous écris aujourd’hui, bien que ce soit le plus difficile texte à écrire de ma vie, car je crois que c’est la journée la plus noire jamais vécue pour le système d’éducation au Québec et pour la démocratie dans notre belle province.

Le 7 février 2020, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a fait adopter par bâillon le projet de loi 40. Un projet de loi qui donnera des pouvoirs inédits au ministre de l’Éducation: le pouvoir de désigner comme porte-parole des nouveaux centres de services des directeurs généraux qui seront tenus au devoir de réserve envers leur employeur, le pouvoir de fusionner ces centres de services, etc.

Le projet de loi de 40 contient 312 articles qui modifient 76 lois et touchent 7 codes et chartes. Cette semaine seulement, le ministre Roberge a déposé plus de 80 amendements à son projet de loi, un document de 112 pages! Et il a imposé le tout par bâillon!

Ce projet de loi passé, nous nous retrouverons avec un réseau de l’éducation encore plus centralisé et il ne se trouvera plus personne pour contester sur la place publique les décisions mur-à-mur imposées par le Ministère.

Qui signalera les besoins pour les classes de maternelle 4 ans imposées par Québec à grands coûts? Qui dénoncera les coupes en éducation? Qui assumera les budgets déficitaires dans nos commissions scolaires afin d’offrir les vrais services que nous jugeons importants, justes et équitables, et ce, même si ces derniers ne sont pas financés par le Ministère?

L’importance de l’implication

Je suis impliqué dans le réseau de l’éducation depuis 2001. Au début, comme plusieurs parents, j’étais membre du Conseil d’établissement de l’école que fréquentaient mes enfants. Puis, je suis devenu membre du Comité de parents de la Commission scolaire de Rouyn-Noranda. En 2007, j’ai décidé de m’investir dans ma collectivité en me présentant comme commissaire de mon quartier. Par la suite, j’ai occupé la fonction de vice-président et, enfin en 2014, je suis devenu président de la Commission scolaire de Rouyn-Noranda.

Cette fonction m’a permis de participer à des commissions parlementaires pour défendre les intérêts de notre région, notamment lorsqu’il a été question des possibles fusions des commissions scolaires et quand l’idée de les abolir est apparue. Par ma fonction de président, j’ai participé à plusieurs conseils d’administration, j’ai rencontré fréquemment la mairesse de Rouyn-Noranda, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Rouyn-Noranda et plusieurs gens d’affaires locaux pour le développement de la main-d’œuvre. Au cours de la dernière année, j’ai dû rencontrer l’ensemble de la classe politique de l’Abitibi-Témiscamingue afin de faire reconnaître par le Ministère le manque d’espace dans les établissements scolaires du quartier sud de Rouyn-Noranda. Ce qui nous a permis, enfin, d’être invités à déposer un projet d’ajout d’espace dans ce milieu.

Fierté

Je suis fier d’avoir participé à la réalisation de l’agrandissement du Centre Polymetier/La Source dans les discussions avec Ressources Falco; du maintien de personnel dans nos écoles pour la réussite parce que nous croyons ces ressources nécessaires pendant les années de coupure dans le réseau; e la réorganisation du secteur Beaudry, Cloutier, Rollet, Montbeillard; du travail effectué auprès des médias afin de rendre l’école plus transparente et plus positive; du développement auprès de nos précieux partenaires; mais surtout, d’avoir assuré une chance égale à tous nos élèves, partout sur le territoire.

À chaque jour, lorsque nous, les commissaires, prenions des décisions, pour le meilleur intérêt de nos élèves, nous avions toujours en tête le personnel exceptionnel et professionnel qui, jour après jour, est dévoué à ses tâches. C’est grâce à vous et à l’énergie que vous nous donniez que nous avons pu accomplir notre devoir.

De nombreuses questions

Ces constats m’amènent à me poser des questions: Qui fera tout ce travail de représentation lorsque les commissaires ne pourront plus jouer ce rôle politique? Qui sera en mesure de défendre l’éducation sur notre territoire et faire la démonstration à Québec que les décisions mur-à-mur ne tiennent pas la route pour l’ensemble des commissions scolaires? Qui défendra le fait que le dynamisme et le développement de nos régions valent beaucoup plus que d’être traités comme de simples statistiques par certains de nos élus? Qui défendra que l’humanité au sein de nos milieux est importante pour nous et nos enfants?

Bien sûr, je ne dis pas que nous sommes les seuls à pouvoir défendre les droits et les besoins de nos élèves. Demain matin, si on me demandait de signer une lettre de démission pour protéger la démocratie scolaire, je serais le premier à y apposer ma signature. Il y a trop d’enjeux majeurs pour l’avenir de nos jeunes pour les laisser dans les mains de quelqu’un à Québec qui ne connaît pas leurs véritables besoins. Je crois que la reforme Roberge sera encore plus malsaine pour l’éducation que la reforme Barrette ne l’a été en santé…

J’espère vraiment m’être trompé

J’ai titré cette lettre ouverte par «j’espère m’être trompé», car oui, j’espère vraiment m’être trompé pour l’avenir de notre réseau.

J’espère m’être trompé pour les parents qui siégeront à ces nouveaux conseils d’administration sans réel pouvoir.

J’espère m’être trompé pour nos enseignants, nos professionnels, nos employés de soutien et notre personnel d’encadrement, qui réalisent tous un travail exemplaire en s’assurant de la réussite scolaire et éducative de nos enfants. J’ai une admiration sans bornes pour ces personnes qui travaillent quotidiennement dans nos écoles. Ces mêmes personnes qui m’ont permis, de concert avec le Conseil des commissaires, de maintenir des services essentiels, mais qui ne sont pas nécessairement reconnus dans le financement qui vient de Québec.

J’espère m’être trompé sur l’avenir des partenariats établis avec le milieu. J’espère que quelqu’un aura le temps de s’impliquer au même titre qu’un élu scolaire afin de maintenir et de développer ces partenariats avec la communauté.

J’espère m’être trompé en ce qui concerne les nouveaux pouvoirs que le ministre s’arroge dans son projet de loi et qu’il ne les utilisera pas à des fins purement politiques ou comme simples enjeux financiers.

J’espère m’être trompé pour l’avenir de l’éducation au Québec.

J’espère me tromper.

Au nom du dernier Conseil des commissaires de la Commission scolaire de Rouyn-Noranda, et en mon nom personnel en tant que dernier président, c’est avec une immense tristesse que je vous dis au revoir et que j’espère vraiment m’être trompé.

En toute sincérité, votre humble serviteur,

 

Daniel Camden
Président de la Commission scolaire de Rouyn-Noranda

Commentaires

10 février 2020

Joanie Poitras

Merci Dany! Et j’espère que tu te trompes!

10 février 2020

Danielle Thibault

Vous ne vous trompez pas! Le but ultime de la CAQ = écoles à charte

11 février 2020

Pierre De Ridder

Vous ne vous trompez pas du tout, c'est la CAQ qui nous aura tous bernés et qui plus est devient le visage caché au départ d'un totalitarisme évident.

11 février 2020

Leroux Loyola

Avis de décès : les commissions scolaires Quand je vois les écoles de Montréal laissées à l’abandon par nos commissaires ''démocratiquement élus'', les moisissures, les toits qui coulent, etc. je me dis que tout changement à cette ancienne culture ne peut avoir que du bon.... J’ai remarqué, pour avoir discuté avec plusieurs d’entre eux, dans ma ville Prévost, que la possession d’un diplôme de Sec 5, n’était pas une condition obligatoire pour se faire élire commissaire d’école. Une aberration… Les faits : On oublie que le Québec comptait plus de 1283 commissions scolaires en 1969, diminuées à 156 en 1996, puis à 72 en 1998, … et elles ‘’comptent un total de quelque 700 élus rémunérés au Québec’’ (LaPressePlus) ? Il y en a qui ont eu du fun, surtout en congres aux États-Unis !!! C’est un autre beau fleuron de la réingénierie sociale québécoise qui disparait, créée avec la fameuse Révolution tranquille. Les CS laissent dans le deuil les CLSC (créés pour remplacer les urgences des hôpitaux), les MRC (créées pour diminuer le nombre de village, paroisse, villes, etc.), les Cégeps (un 4e niveau de bureaucratie unique au monde), la patente de l’équité-relativité-parité salariale, la ‘’Paix des braves’’ (qui donne 3 milliards aux indiens), etc., les villes comme Montréal avec deux fois plus de conseillers municipaux que Toronto deux fois plus populeuse, les PPP (pourquoi payer plus), etc. Le service funèbre sera célébré par le doyen des CS, Jean-Pierre Joubert de la CD Rivière-du-Nord, qui œuvre depuis plus de 80 ans. Sur la pierre tombale des Commissions scolaires, je suggère l’épitaphe suivante ‘’Nous avons eu beaucoup de fun.’’

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