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28 août 2020

Dominic Chamberland - dchamberland@lexismedia.ca

Deux ans de prison pour le ramancheur coupable de cinq agressions sexuelles

Jean-Marie Bergeron se dit «extrêmement désolé»

Jean-Marie Bergeron

©Photo - Gracieuseté/Sûreté du Québec

Jean-Marie Bergeron a vu son témoignage rejeté par le juge Beaulieu.

Le verdict du juge est tombé sur l’accusé comme une tonne de briques. Et ça n’a pas été long.

Jean-Marie Bergeron, qui se décrit davantage comme un ramancheur qu’un massothérapeute, a été déclaré coupable d’agression sexuelle à l’endroit de cinq femmes à la suite de son procès, jeudi en fin de journée, au palais de justice de Val-d’Or.

Et dès vendredi matin (ce dossier n’aura pas traîné avec le procès, le verdict et la sentence en seulement quatre jours), le Valdorien de 67 ans a écopé de deux ans moins un jour de prison (question de lui faire purger sa peine dans un centre de détention provincial), à la suite d’une suggestion commune soumise au tribunal par son avocat, Me Francis Germain, et par la procureure de la Couronne, Me Tania Bélanger.

Me Tania Bélanger

©Photo: Le Citoyen - Dominic Chamberland

La procureure de la Couronne, Me Tania Bélanger.

Le juge Jean Beaulieu, de la Cour du Québec, a été sans équivoque en rendant son verdict, quelques heures à peine après la fin du procès, qui aura duré deux jours et demi. Il a pratiquement démoli pièce par pièce le témoignage de Jean-Marie Bergeron, témoignage qu’il a qualifié de «pour le moins nébuleux et qui ne soulève aucun doute dans l’esprit de la cour».

Des attouchements inappropriés

À la lueur de ce qu’il a entendu au cours du procès, le juge Beaulieu estime que l’accusé s’est livré – lors de certains traitements de massothérapie ou de ‘’ramanchage’’ dispensés en 2014, 2018 et 2019 – à des attouchements inappropriés aux seins, aux fesses, à l’anus ou dans la région des parties génitales des plaignantes, dont l’une était mineure au moment des faits reprochés. «L’accusé se contredit concernant les informations données à ses clientes lors des traitements, il ne s’est jamais préoccupé de les prévenir et prenait pour acquis que si elles venaient le voir, elles étaient prêtes à ces manipulations, a relevé le magistrat.

«Monsieur (Bergeron) n’est pas crédible, son récit est décousu et invraisemblable, sa mémoire lui revient pour justifier certains gestes, tandis que les victimes ont témoigné avec modération et objectivité. Sans se connaître et sans s’être parlé avant le procès, leurs récits ont plusieurs similitudes. Elles ont dit la vérité, rien ne vient miner leur crédibilité. L’absence de consentement (aux attouchements) a été démontrée et les gestes ont porté atteinte à l’intégrité physique des victimes, alors que l’accusé avait des intentions de nature sexuelle», a défilé le juge Beaulieu.

Probation surveillée

Une fois sorti de prison, Jean-Marie Bergeron sera soumis à une probation surveillée de deux ans comprenant plusieurs conditions, dont celle d’aller chercher l’aide nécessaire pour acquérir des connaissances au sujet des agressions sexuelles et de la notion de consentement. De plus, il lui sera interdit de pratiquer des massages thérapeutiques à toute femme n’étant pas au courant de ses antécédents. «Il aura l’obligation d’aviser ses clientes de ses antécédents», a indiqué Me Tania Bélanger.

La procureure du ministère public et l’avocat de la défense sont d’avis que cette peine tient compte des conséquences sur les victimes et de la situation de l’accusé, un retraité qui n’avait pas d’antécédents judiciaires. Estimant la proposition des deux parties adéquate, le juge Beaulieu l’a entérinée pour imposer la peine suggérée, avant de saluer le courage des plaignantes. «Je les remercie d’avoir dénoncé et d’être venues à la cour pour témoigner, a-t-il mentionné. J’espère que ce dénouement leur permettra d’effacer ces mauvais souvenirs et de mener une vie heureuse dans l’avenir.»

Belle victoire pour les femmes, un accusé «extrêmement désolé»

Me Bélanger, qui faisait équipe avec Me Claudia Carbonneau dans cette affaire, a évidemment accueilli avec satisfaction le verdict rendu par le juge Beaulieu. La procureure estime que ce cette décision envoie un bon message et qu’il s’agit d’une belle victoire pour les plaignantes.

«C’est ce qu’on cherchait depuis le début; c’est important de protéger les gens qui font confiance aux professionnels qu’ils consultent, a déclaré Me Bélanger en sortant de la salle d’audience. C’est difficile à expliquer pourquoi la décision du juge a été aussi rapide. La force de la preuve dans l’ensemble est possiblement ce qui a fait pencher la balance en faveur de la poursuite», a-t-elle ajouté.

Pour sa part, Me Francis Germain a signalé que cette décision n’est pas celle à laquelle lui et son client s’attendaient. Ils ont également été surpris de la vitesse avec laquelle le verdict est venu. «Ce genre de dossier est très difficile de part et d’autre. Le verdict frappe fort pour M. Bergeron, mais il l’accepte et il comprend les motifs du juge. Il est extrêmement désolé des conséquences pour ces femmes», a fait savoir Me Germain en entrevue.

Deux victimes s’expriment

Deux des victimes se sont exprimées devant la cour à la suite du verdict sur les impacts que cette histoire a eu dans leur vie. La première a confié avoir ressenti de la peur et de la méfiance, en plus de souffrir d’anxiété et de paranoïa.

«Je n’avais plus confiance en personne, c’était assez intense, je n’étais pas capable d’accepter ce qui est arrivé, chose qui a joué dans ma relation de couple, a-t-elle souligné. Quand quelqu’un entre chez lui (Jean-Marie Bergeron) pour le consulter, ça ne lui donne pas le droit de toucher les parties intimes de la personne. Il ne devrait pas avoir le droit de toucher au corps d’autres femmes», a soutenu la dame.

La seconde victime a précisé qu’elle prenait la parole non pas par vengeance envers M. Bergeron (elle l’a appelé Monsieur), mais pour s’offrir une certaine libération. «Au début, j’avais mis ça de côté, mais maintenant, ça cause beaucoup de troubles dans ma vie de couple et dans ma vie sexuelle, puisque c’est lui (l’accusé) qui m’a déviergée. J’ai de la misère à me permettre d’avoir du plaisir et à laisser mon conjoint me donner du plaisir, a-t-elle raconté. J’ai dû lâché mon emploi de préposée aux bénéficiaires parce que j’avais l’impression de faire du mal à ces personnes (lorsqu’elle devait laver leurs parties intimes), je me demandais si ce que je faisais était correct», a mentionné la jeune femme en signalant qu’un soir, elle avait dû se rendre à l’urgence pour ne pas commettre l’irréparable contre sa propre personne.

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