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13 octobre 2020

Jean-François Vachon - jfvachon@lexismedia.ca

Un prof sur quatre quittera l’école d’ici cinq ans

Premiers constats d’une vaste étude sur la pénurie d’enseignants dans la région

Enseignant Enseignement

©Depositphotos.com/Monkeybusiness

Le premier constat du Groupe régional d’acteurs pour la valorisation des enseignants, mené par la professeure de l’UQAT Geneviève Sirois, démontre que l’attraction et la rétention des enseignants demeurent un défi.

En tenant compte des changements de carrière et des départs à la retraite, environ un enseignant sur quatre devrait avoir quitté la profession au cours des cinq prochaines années.

Le Groupe régional d’acteurs pour la valorisation des enseignants (GRAVE) a récemment dévoilé son premier diagnostic à la suite d’un questionnaire en ligne répondu par plus de 1600 personnes, dont la moitié travaillent dans les écoles. Ce premier exercice lève le voile sur la pénurie d’enseignants en Abitibi-Témiscamingue et dans le Nord-du-Québec.

Une des bonnes nouvelles qui ressort de cette recherche est le fait que moins de 14 % des enseignants sondés envisagent de quitter leur poste dans les cinq prochaines années. La majorité d’entre eux quitteraient pour un changement de carrière, selon l’étude.

«Par contre, ce qui est masqué un peu dans nos données, c’est que les nouveaux enseignants sont difficiles à joindre parce qu’ils vivent une grande instabilité en début de carrière. Ils ne sont pas toujours sur les listes d’employés parce que leur statut est précaire. Ça m’étonnerait que ce serait moins pire en région comparativement à la situation québécoise», a indiqué Geneviève Sirois, professeure à l’UQAT et responsable de ce premier constat.

Néanmoins, en ajoutant les 11 % qui comptent prochainement prendre leur retraite, un enseignant sur quatre ne devrait plus être dans les écoles de la région d’ici cinq ans.

Des besoins accrus

Selon la projection des besoins, le GRAVE estime que, d’ici 2024, près de 150 enseignants devront être embauchés pour répondre à la demande. De plus, actuellement, près de 80 tolérances d’engagement ont été émises pour des enseignants qui sont non légalement qualifiés. Cependant, notons que près de la moitié des personnes souhaitent se former. «C’est un peu une pénurie cachée actuellement. Ça veut dire qu’il manque déjà d’enseignants légalement qualifiés», a fait valoir Mme Sirois.

Le problème, selon le GRAVE, c’est qu’il y a une saturation au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

«On pense qu’on va être correct en début d’année scolaire, alors qu’on comble les trous avec des enseignants non légalement qualifiés. Puis, en cours d’année, il y a des congés de maladie, des congés de maternité et tout s’écroule. Les congés sabbatiques, les retraites progressives, la conciliation travail-famille, où des enseignants travaillent quatre jours par semaine au primaire, ce sont des choses qui ne sont plus vraiment possibles. Les enseignants se sentent donc pris» - Geneviève Sirois

Attirer et retenir

Pour retenir les enseignants, surtout les nouveaux, la clé passerait par un programme d’insertion professionnelle, selon la chercheure. «Un bon programme permet un accompagnement au cours des premières années. Ça peut être du mentorat ou des rencontres organisées par le centre scolaire avec seulement les jeunes enseignants», a soutenu Mme Sirois.

Si, une fois en poste, les enseignants sont stables, en début de carrière, c’est différent. «Un jeune enseignant aura rarement une tâche de trois groupes en français de même niveau. Il peut se retrouver à enseigner plusieurs matières différentes à des niveaux différents. Il peut aussi enseigner dans des champs d’expertise qui ne sont pas les siens. Par exemple, un enseignant de mathématiques sera chargé de l’éthique et culture religieuse», a indiqué la chercheure.

Une vocation

Notons que la majorité des répondants affirment que la vocation enseignante est leur voie et qu’ils en sont satisfaits. Par contre, 70 % d’entre eux se disent déçus de la charge de travail, des possibilités de promotion et de la reconnaissance sociale de leur profession.

«La chose la plus positive qui ressort, c’est que les enseignants aiment enseigner. Pour moi, c’est l’essentiel. C’est ce qui est autour qui les dérange. Ça veut donc dire que, si on assure qu’ils soient bien, on peut réussir à les garder» - Geneviève Sirois

À la suite de ce premier constat, cette dernière poursuit ses recherches avec des entrevues plus poussées. «On a réalisé 70 entrevues pour creuser les questions qui sont ressorties de ce premier constat. Ça nous fait beaucoup de données à évaluer. Ensuite, il faudra mettre en place un plan d’action. Ce sera au groupe de s’approprier les résultats et de décider ce qu’il en fera», a mentionné la chercheure.

Enseignant Enseignement

©Depositphotos.com/Monkeybusiness

Le premier constat du Groupe régional d’acteurs pour la valorisation des enseignants, mené par la professeure de l’UQAT Geneviève Sirois, démontre que l’attraction et la rétention des enseignants demeurent un défi.

Attirer et retenir les étudiants

Plusieurs leviers pourraient avoir un impact positif pour attirer plus de gens vers la profession enseignante. Selon les résultats, les stages rémunérés, une promesse d’embauche, un accès plus facile à des postes permanents, de meilleures perspectives d’avancement professionnel ainsi qu’un meilleur salaire seraient des facteurs qui pourraient influencer le choix de futurs étudiants.

«Ce que les étudiants du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue et ceux de l’UQAT qui n’ont pas choisi l’enseignement mentionnent clairement l’accès à des postes permanents démontre qu’ils savent que ça peut prendre du temps avant d’avoir un poste assuré», a souligné la chercheure Geneviève Sirois.

L’UQAT a, selon elle, déjà commencé à mettre des mesures en place pour retenir les étudiants. «Après le premier stage, 50 % des étudiants inscrits pouvaient quitter. On va tenter de mieux les accompagner pour qu’ils continuent leur parcours. On veut aussi faciliter la transition entre la fin de la formation et l’entrée sur le milieu de l’emploi», a-t-elle évoqué.

Salaire décevant

Selon les constats de l’étude du GRAVE, une personne sur deux se dit insatisfaite de son salaire et de ses avantages sociaux ainsi que du nombre d’élèves par classe. Si les centres de services scolaires n’ont rien à dire sur ce plan, ils peuvent tout de même travailler à faciliter l’intégration des nouveaux enseignants. «Le salaire, ça se règle avec le gouvernement, mais les centres de services scolaires de la région ont des conventions collectives locales. Le levier est là pour faciliter l’intégration et l’organisation des tâches, ce qui permettrait de retenir les nouveaux enseignants», a évoqué la professeure de l’UQAT.

L’UQAT au centre de l’éducation régionale

La majorité des enseignants et du personnel de direction joints par le GRAVE ont étudié à l’UQAT. Malgré ce fait, l’Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec réussissent tout de même à attirer du personnel venant d’autres régions et d’ailleurs au Canada.

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