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02 novembre 2020

Jean-François Vachon - jfvachon@lexismedia.ca

Passage: l’amour du Témiscamingue

Un touchant film de la Témiscamienne Sarah Baril-Gaudet

Passage

©Les films du 3 mars/La Cabane

Yoan et Gabrielle, deux Témiscamiens, à travers leur vie, racontent ce passage inéluctable de la jeunesse vers l’exil pour poursuivre des études.

Poursuivre des études supérieures au Témiscamingue signifie une chose: le départ vers la ville. Dans un touchant portrait du Témiscamingue avec deux jeunes Témiscamiens comme protagoniste, Sarah Baril-Gaudet livre un vibrant témoignage de l’amour du territoire et des déchirements que ce passage vers l’âge adulte signifie.

Pour la réalisatrice originaire de ce grand territoire qu’est le Témiscamingue, le retour aux souches lui a permis de montrer ce regard qu’elle a eu en revenant sur sa terre d’origine. «Je voulais montrer mon regard amoureux du Témiscamingue. Parce qu’en revenant… on a des fois le nez trop collé quand on a 16 ou 17 ans et on ne voit pas nécessairement ce qu’il y a autour de nous», a-t-elle confié.

«Ce film est une ode à ma région, une région qu’on voit très peu sur les écrans. Et on y voit la jeunesse, l’avenir de ce territoire» - Sarah Baril-Gaudet

L’idée du film est venue bien simplement à Sarah Baril-Gaudet. «En voyant des nouvelles de la région, je me demandais si mon regard changerait en revenant, comment mon rapport au territoire avait évolué. Je suis allé parler avec des élèves de mon ancienne école secondaire et j’ai découvert ce dilemme, ce déchirement de partir», a-t-elle évoqué.

Cela l’a renvoyé à son expérience personnelle. «J’ai quitté le Témiscamingue à 17 ou 18 ans. De quitter pour Rouyn-Noranda et, ensuite, de mettre le cap à 20 ans sur Montréal, j’ai trouvé ça difficile. Je n’avais pas vraiment le choix de quitter la région pour poursuivre mes études», a-t-elle fait savoir.

«Le fait que je viens d’une région éloignée a influencé mon regard de cinéaste. J’ai ce regard de fille qui a grandi en région», a-t-elle ajouté.

La beauté des jeunes

Le film s’apparente un peu à un docufiction. Documentant la vie de Gabrielle et Yoan, à quelques mois de leur départ du Témiscamingue, avec toutes les craintes et les questionnements que cela engendre, l’histoire se dessine au fur et à mesure des plans.

Sarah Baril-Gaudet

©Les films du 3 mars/La Cabane

La réalisatrice témiscamienne Sarah Baril-Gaudet a exploré l’amour du territoire et le passage vers l’âge adulte dans son film Passage.

Les deux personnages font aussi le charme de ce film. Yoan, jeune homosexuel assumant son orientation sexuelle et Gabrielle, jeune femme attachée à sa famille et à la ruralité du Témiscamingue, transportent le cinéphile. «Je voulais explorer cette réalité de l’homosexualité en région. Même si tu le sais que Yoan quitte parce qu’il veut rencontrer d’autres personnes, tu le sens qu’il est lui-même au Témiscamingue. Il y a dix ans, c’était peut-être un peu tabou, en tout cas, je le sentais un peu comme ça. Je trouve ça beau de voir que le cliché que ce n'est pas facile en région se briser un peu», a expliqué Sarah Baril-Gaudet.

Mais la présence d’Olivier, un des amis de Yoan, lui aussi homosexuel, apporte tellement. «Je trouve que leur dynamique est très intéressante. Il s’appuie et tu vois qu’ils sont à l’aise dans leur région, même si tout se sait au Témiscamingue et qu’ils savent qu’ils seront bien quand ils seront à Québec», a-t-elle ajouté.

De l’autre côté, Gabrielle est son attachement à sa vie témiscamienne transcende aussi l’écran. «Elle est une fille très attachée à la région. Elle a un mode de vie rurale. Comme elle et Yoan sont de la même gang, c’est intéressant de voir leur parcours se croiser», a souligné la cinéaste.

Les deux jeunes, avec leur réalité, amènent aussi leur entourage dans ce film. «On les suit dans leur quotidien. Même les personnages secondaires, les gens qui les entourent viennent ajouter les petits éléments qu’on ne pouvait pas vraiment ajouter. Je pense à la grand-mère de Yoan qui a une si belle relation avec lui jusqu’aux parents de Gabrielle», a-t-elle évoqué.

«C’est vraiment plaisant de tourner avec des jeunes. Ils sont super à l’aise devant la caméra et il y a des moments de magie qui arrivent. Une discussion anodine et super légère peut devenir soudainement très profonde avec de grandes questions et de grands enjeux pour eux. Même si on est déjà passé par là et qu’on sait que ça va bien aller, ça reste quelque chose d’immense pour les yeux d’un jeune», a-t-elle ajouté.

Une porte sur le monde

Pour rendre hommage au Témiscamingue, la réalisatrice a choisi de ne pas y aller avec une caméra à épaule. «J’ai opté pour des plans larges qui permettent d’observer les personnages dans cette vastitude. Je trouve que cela représente bien aussi les questionnements qu’ils vivent», a-t-elle mentionné.

Sur le terrain, elle a aussi senti un vif intérêt par la population témiscamienne. «Je sentais la fierté et la curiosité des gens. Ils étaient contents de voir le territoire se retrouver à l’écran. En même temps, il y avait une certaine pression parce que les Témiscamiens sont fiers», a-t-elle souligné.

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