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26 novembre 2020

Jean-François Vachon - jfvachon@lexismedia.ca

Contamination des sols à Rouyn-Noranda: plus historique que récente

Le ministère de l’Environnement devra pousser les recherches plus loin

Noranda_centre_ville

©Patrick Rodrigue

Si la contamination affecte principalement les terrains résidentiels, les terrains publics semblent épargnés.

Le rapport de la caractérisation préliminaire des sols à l’arsenic, au cadmium et au plomb dans le périmètre urbain de Rouyn-Noranda jette un regard intéressant sur la contamination des sols, qui pourrait être largement historique.

Essentiellement, plus l’âge de la maison est élevé, plus les concentrations de cadmium et de plomb mesurées dans les sols sont élevées. «Il y a aussi certains éléments de réponse qui se retrouvent dans les éléments historiques. Depuis 1990, les émissions de polluants ont diminué aux cheminées de la Fonderie Horne. Il y a eu une baisse majeure des émissions avec la construction de l’usine d’acide sulfurique», a fait savoir Stéphane Bessette, chef d’équipe et conseiller en santé environnementale à la Direction de santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue (DSPu-AT).

Le rapport déposé le 26 novembre demande au ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MELCC) de continuer la caractérisation des sols afin de connaître l’ampleur et l’étendue de la contamination. «Pour réduire le problème, il faut mieux le comprendre. C’est pourquoi on leur demande cela. C’est à eux de déterminer combien de sols seront analysés et à quelle vitesse», a souligné Daniel Proulx, professionnel en surveillance et coordonnateur de l’étude de biosurveillance à la DSPu-AT.

Les modalités en lien avec cette caractérisation et la réhabilitation des terrains seront établies par le MELCC au courant de l’hiver 2021. Quant à savoir comment déterminer de qui relève la responsabilité de la décontamination des sols, cette décision appartient au MELCC. «On les avait invités aujourd’hui, mais ils ont décliné notre invitation», a indiqué M. Proulx.

D’autres mines?

Le rapport soutient aussi que la majorité de la contamination des sols serait due à la Fonderie Horne. «Il y a une corrélation très forte entre les trois métaux qui font dire qu’ils ont la même empreinte. Plusieurs études démontrent que la contamination pourrait être imputable à la Fonderie», a soutenu M. Bessette.

Il est très peu probable que certains terrains contaminés dans le secteur Sacré-Cœur le soient en raison de l’ancienne mine Chadbourne. «On a vraiment étudié la surface. Si on était allé plus en profondeur dans le sol, on pourrait peut-être en parler. Mais là, les possibilités sont beaucoup moins grandes dans ce cas», a soutenu M. Proulx.

Les chercheurs de la DSPu-AT croient aussi que le MELCC pourrait pousser les recherches plus loin que la surface. «Le Ministère pourrait réexaminer certains des terrains que nous avons analysés, mais en allant à une plus grande profondeur. Nous n’avons mesuré que les trois premiers centimètres. Le MELCC pourrait obtenir plus d’informations», a souligné Stéphane Bessette.

Atmosphériques versus fugitives

Le rapport permet aussi de comprendre que la pollution du quartier Notre-Dame diffère grandement de celle qui affecte le périmètre urbain de Rouyn-Noranda. «Le quartier Notre-Dame est surtout contaminé par les émissions fugitives, ce qui est différent des émissions atmosphériques émises par les cheminées. Dans le quartier Notre-Dame, les sols peuvent prendre entre 10 et 15 ans pour réatteindre les seuils limites de plomb et d’arsenic», a expliqué M. Bessette.

Questionné sur la raison qui expliquerait la présence de cadmium plus importante dans le périmètre urbain versus le quartier Notre-Dame, le chef d’équipe et conseiller en santé environnementale y est allé de cette explication: «Dans le secteur urbain, peu importe le terrain, on retrouve les trois substances. L’arsenic et le plomb se retrouvent près des seuils. Il faut savoir que le cadmium est un métal plus lourd. Il peut retomber plus rapidement et être retenu à la surface, alors que le plomb et l’arsenic peuvent continuer de voyager.»

Un programme de restauration élargie?

Actuellement, le quartier Notre-Dame bénéficie d’un programme de restauration des sols lorsque la contamination des sols dépasse les normes minimales de plomb et d’arsenic. La Fonderie Horne ne restaure cependant que ces sols et non ceux de l’ensemble de la ville. Serait-il alors souhaitable que ce programme soit élargi à l’ensemble du périmètre urbain?

«Le Ministère pourrait d’abord effectuer des analyses isotopiques sur les métaux qui permettraient de déterminer d’où ils proviennent. Des études de Normand Tassé réalisées en 2010 et en 2013 l’avaient fait pour le secteur du mont Powell et avaient reliées la contamination du sol à la Fonderie Horne», a signalé Stéphane Bessette.

Ce dernier a par ailleurs mentionné que les terrains du secteur urbain n’auraient pas besoin du même genre de suivi que ceux du quartier Notre-Dame. «Ça pourrait, par exemple, être aux 20 ans plutôt qu’aux 4 ou 5 ans. Ce sera au MELCC de prendre ce genre de décisions», a-t-il précisé.

De bonnes nouvelles

Si la contamination affecte principalement les terrains résidentiels, les terrains publics semblent épargnés. «Dans les parcs, il y a du sable, des copeaux de pois, de la pelouse: des aménagements qui ont permis d’avoir un nouveau sol en surface. Le premier pouce est plus propre. Par contre, si on allait jusqu’à un mètre, on verrait peut-être les vestiges du passé», a fait remarquer M. Bessette.

Pour le Dr Stéphane Trépanier, médecin conseil à la santé publique, la situation reste tout de même positive. «Il y a quand même du rassurant dans l’étude parce qu’il y a peu d’endroits où les normes sont dépassées par de grandes marges. Ça aurait pu être plus préoccupant. Par contre, le rapport soutient vraiment que des actions devront être prises», a-t-il exposé.

«S’il y a une bonne nouvelle, c’est que les terrains publics respectent tous les normes», a-t-il ajouté, rappelant que lorsque la contamination dépasse les normes minimales, il peut y avoir des effets sur la santé.

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