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27 avril 2021

Patrick Rodrigue - prodrigue@lexismedia.ca

La Station D, bien plus que le premier bar gay de la région

Il y a 25 ans, Denis Lord créait à Rouyn-Noranda ce qui allait devenir un véritable outil de changement des mentalités

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©Denis Lord

Denis Lord avec Patsy Gallant, une des personnalités qui l’a le plus inspiré à s’accepter comme il était.

Le 27 avril 1996, Rouyn-Noranda réalisait une première régionale en accueillant le tout premier bar ouvertement gay de l’Abitibi-Témiscamingue. Vingt-cinq ans plus tard, son cofondateur, Denis Lord, considère que l’établissement a joué un rôle beaucoup plus grand que celui de lieu de socialisation pour la communauté homosexuelle.

La Station D a roulé sa bosse pendant une douzaine d’années. D’abord établi à l’intersection de la rue Perreault Ouest et de l’avenue Dallaire, le bar a ensuite déménagé dans un local de la rue Perreault Est avant de fermer ses portes à l’orée des années 2010. «C’est le bar gay dans une région éloignée qui a connu la plus grande longévité avec les mêmes propriétaires», a mentionné M. Lord, qui en était le propriétaire avec sa sœur, Rachel.

Mais la Station D, c’était beaucoup plus qu’un bar, de l’avis de son fondateur, qui demeure étonné de voir que, à chaque tranche de cinq ans qui passe depuis l’ouverture de l’établissement, les témoignages et les souvenirs encore très vifs de nombreuses personnes continuent d’affluer.

«Comme tous les bars, la Station D était évidemment un lieu de socialisation. Mais surtout, j’ai donné aux gens la liberté d’être ce qu’ils sont, sans honte. On accueillait des gens qui venaient de partout dans la région et même du Nord de l’Ontario. J’ai permis à des gens de s’émanciper et de garder la tête haute face à leur orientation sexuelle. On faisait de l’écoute active, on aidait des gens. Par moments, on jouait presque des rôles de thérapeutes. Je sais que j’ai même contribué à empêcher certaines personnes de s’enlever la vie, comme j’ai moi-même failli le faire. Et ça, ça me touche vraiment profondément», a exposé Denis Lord, la voix serrée par l’émotion.

«J’ai donné aux gens la liberté d’être ce qu’ils sont, sans honte» - Denis Lord

Accepter enfin l’étiquette de précurseur

S’il a longtemps refusé l’étiquette de précurseur, M. Lord accepte désormais de l’assumer. Ce dont il est d’ailleurs le plus fier, c’est d’avoir su créer, au sein de son bar, un sentiment d’appartenance, de famille.

«J’ai fini par admettre que j’ai beaucoup fait pour les droits à la diversité dans la région, a-t-il évoqué. Avec la Station D, on a ouvert l’esprit des gens à une réalité qui existe ici aussi. J’ai fait le choix de vivre, et de vivre en étant libre, et ce, dans ma région. Et je suis vraiment content de voir qu’autant de gens ont embarqué dans cette aventure.»

De l’évolution, mais encore du travail à faire

Lorsqu’il jette un regard vers le passé, Denis Lord constate avec satisfaction que le portrait de la diversité a, de son propre aveu, beaucoup progressé en Abitibi-Témiscamingue. Il cite notamment la naissance et l’évolution de plusieurs organismes de défense des droits, dont Fierté Val-d’Or ou encore la Coalition régionale d’aide à la diversité sexuelle.

«Mais c’est sûr que tant qu’on aura l’étiquette de minorité et qu’on ne sera pas considérés comme des gens ʺnormauxʺ à part entière, il y aura malheureusement toujours quelqu’un pour nous le rappeler méchamment, a-t-il signalé. D’ailleurs, si je gagnais à la loterie, je pense sincèrement que je repartirais quelque chose à Rouyn-Noranda. Ce serait sans doute différent de la Station D, puisque les besoins de base ont changé, mais le rôle de sensibilisation et d’acceptation demeure encore bien présent.»

©Denis Lord

La Station D à son premier emplacement, à l’intersection de la rue Perreault Ouest et de l’avenue Dallaire.

©Denis Lord

Denis Lord au comptoir de la Station D, après le déménagement de l’établissement dans son local de la rue Perreault Est.

©Denis Lord

Denis Lord (à gauche) incarne le personnage de Lit Queen. Ses prestations colorées occasionnelles à Rouyn-Noranda, dans des spectacles qui entremêlent drag queens, danseurs et artistes invités, attirent invariablement les foules.

©Denis Lord

Dans la semaine qui avait suivi l’ouverture de la Station D, l’hebdomadaire La Frontière avait fait sa une de l’événement.

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