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10 novembre 2021

Lucie Charest - lcharest@lexismedia.ca

Un troublant hommage aux victimes des pensionnats autochtones

Trois descendantes de Mary Masénékijik y contribuent

Marie Peluso

©Gracieuseté

Marie Peluso a accepté de contribuer à la décoration de l’église en autant qu’un hommage aux enfants autochtones arrachés à leur famille soit rendu lors de la messe anniversaire de Sainte Katari.

Loin des projecteurs braqués sur le politique et ses acteurs, un événement tout simple, tout modeste, s’est tenu à l’église d’Angliers le 31 octobre. Une messe a souligné la disparition de 7000 enfants autochtones dont la seule faute aura été leur origine.

Marie Peluso, une résidente d’Angliers, n’avait pas le cœur à la fête lorsque le curé de la paroisse, Rénal Dufour, lui a demandé de décorer le choeur de l’église pour la messe anniversaire de Sainte Katari, première autochtone à avoir été canonisée par le Vatican.

«J’étais encore sous le choc de ce qu’on a appris sur les pensionnats autochtones partout au pays, a-t-elle relaté. J’étais sous le choc et je n’en suis pas encore remise. Ma mère, Mary Masénékijik, était membre de la Timiskaming First Nation. Elle avait perdu son statut en épousant mon père, un Italien. Elle a toujours été discrète sur ses origines, ma grand-mère maternelle aussi. Mais pendant toutes ces années, même si nous n’en parlions jamais, nous savions qu’il avait existé des membres de notre famille que nous n’avions jamais vus.»

Cette absence, ce silence entourant des membres de sa famille qui semblaient s’être volatilisés, Mme Peluso les a traînés dès son plus jeune âge comme un boulet accroché à son cœur. Alors, imaginons un seul instant son déchirement lorsqu’elle a été approchée pour participer à une fête religieuse au moment même où des mots s’écrivaient enfin sur la peine muette qu’elle portait en elle.

«J’étais encore sous le choc de ce qu’on a appris sur les pensionnats autochtones J’étais sous le choc et je n’en suis pas encore remise» - Marie Peluso

Échanges fructueux

Après quelques échanges Rénal Dufour, prêtre du diocèse de Rouyn-Noranda responsable des paroisses du secteur Nord du Témiscamingue, et Marie Peluso se sont entendus pour qu’un texte rendant hommage aux 7000 petits enfants enterrés anonymement fasse partie de la messe anniversaire de Sainte Kateri.

«Depuis juin dernier, le gouvernement fédéral et l’Église catholique sont dans l’eau bouillante, a mis en contexte le curé Dufour. Nous souhaitions faire quelque chose pour aller vers la réconciliation à la suite de la mise en place de ce racisme systémique par le gouvernement fédéral. J’ai de la peine, j’ai honte, j’ai accepté qu’un texte sans censure soit lu pendant cette cérémonie dans la mesure où ce qui était dit est la vérité. Il faut assumer nos responsabilités et voir vers où on veut aller.»

Renal Dufour

©Gracieuseté

De gauche à droite, les prêtres Rénal Dufour, Reegan Soosaï en compagnie de Shirley McBride et Marie Peluso.

Cérémonie

L’église d’Angliers, décorée pour l’occasion par Marie Peluso, a accueilli plusieurs dizaines de participants à cette messe unique. Les deux filles de Marie Peluso ont également participé à l’événement. Sandra Coulombe a écrit le texte qui a été lu par Marlyn Coulombe.

Des mots touchants, troublants ont frappé fort, un direct au cœur de l’assistance relatant le triste sort de 150 000 petits enfants arrachés à leur famille dès l’adoption de la loi par la Chambre des communes jusqu’à la découverte de 7000 petites sépultures anonymes dans les environs de ces pensionnats dont tout un chacun pourrait rougir de honte encore aujourd’hui.

«C’est à partir de ce jour bien sombre dans l’histoire de l’humanité que ces petits sauvages seraient placés sous tutelle de l’État et de l’Église. Comme, ce qu’ils étaient humainement; n’étaient pas suffisant. Comme, ce qu’ils étaient culturellement; n’étaient pas convenable et pas assez blanc», peut-on lire dans ce texte.

Au-delà des constats, au-delà de la douleur, portée en silence sur plusieurs générations, les mots prononcés se terminent sur une ouverture vers l’avenir, une ouverture éclairante guidant les premiers pas vers une réconciliation souhaitée.

Mots du coeur

Marlyn Coulombe

©Gracieuseté

Marlyn Coulombe a lu le texte rédigé par sa sœur Sandra lors de la cérémonie.

« L’histoire a parlé sans s’écrire… L’histoire s’est aussi tue, trop longtemps. C’est avec ces 14000 mains, de ces 7000 petits corps retrouvés, que l’on va pouvoir réécrire l’histoire. (…) Quand le silence ne fait plus office de loi, on entre dans un processus de guérison et là où il y a de la lumière, il y a lueur d’espoir. Pour ces victimes innocentes, ces âmes meurtries, nous demandons à toi, Ste-Katari de bien vouloir déposer tes mains bienveillantes sur chacun d’eux, afin de guérir leur cœur et leur apporter plus de paix. Et fais en sorte que plus jamais, ils ne redeviennent le peuple invisible. Je vous invite donc à prendre un enfant par la main, pour l’emmener vers demain….»

La chanson «Prendre un enfant par la main» a suivi la lecture de ce texte écrit avec le cœur de descendantes d’une communauté éprouvée jusque dans ses racines.

©Gracieuseté

De gauche à droite, les prêtres Rénal Dufour, Reegan Soosaï en compagnie de Shirley McBride et Marie Peluso.

©Gracieuseté

Marie Peluso a accepté de contribuer à la décoration de l’église en autant qu’un hommage aux enfants autochtones arrachés à leur famille soit rendu lors de la messe anniversaire de Sainte Katari.

©Gracieuseté

Marlyn Coulombe a lu le texte rédigé par sa sœur Sandra lors de la cérémonie.

©Gradieuseté

Un espace a spécialement été aménagé en hommage à Sainte Katari, mais aussi aux enfants.

©Gracieuseté

La décoration réalisée par Marie Peluso pour la circonstance était très évocatrice.

Hommage aux victimes des pensionnats autochtones

 

Écrit par Sandra Coulombe, lu par Marlyn Coulombe filles de Marie Peluso, descendantes de Mary Masénékijik

Lors de la messe anniversaire de Sainte Kateri célébrée à l’église d’Angliers le 31 octobre 2021 par le prêtre Rénal Dufour

 

«Je voulais d’abord remercier Curé Dufour de nous permettre de dire les choses telles qu’elles sont, …sans censure.

Une loi votée à la Chambre des communes stipulait du droit et de la légitimité d’arracher des Enfants à leur famille sans leur consentement.

Mais pas n’importe quel Enfant !!!!

Ces soi-disant bien-pensants allaient décider du Sort de toute une communauté.

Ces Sauvages seraient dorénavant sous leur emprise.

C’est à partir de ce jour bien sombre dans l’histoire de l’humanité que ces petits sauvages seraient placés sous tutelle de l’État et de l’Église.

Comme, ce qu’ils étaient humainement; n’étaient pas suffisant.

Comme, ce qu’ils étaient culturellement; n’étaient pas convenable et pas assez blanc.

Prenez un instant, et essayez de vous imaginer devant une telle situation!

Ça va bien au-delà de tout entendement!

Que de Souffrance…pour les parents

Que de Supplices…pour ces enfants

Un total anéantissement pour toutes les communautés

On arrache mes enfants, que j’aime faits de ma chair et de mon sang.

On les kidnappe littéralement sous mes yeux !!!

J’ai perdu mon âme. Ils ont piétiné mon cœur, et brisé ma vie.

Si j’ose m’opposer à ces actes si cruels, c’est encore moi qui serai considéré comme le criminel.

J’aurais tant aimé qu’on se lève debout pour nous, qu’on crie à l’injustice!

Pendant beaucoup trop longtemps nous avons été le peuple invisible.

Qui a-t-il de honteux, qui a-t-il de mal, à être autochtone?

Ces dizaines, voire ces centaines de milliers d’enfants, furent éloignés de leurs racines, arrachés à leurs coutumes, leurs langues.

Ce génocide culturel aura un impact jusqu’à 4 générations

Ces survivants portent en eux, cette peine, cette colère, ces injustices, ces sentiments d’impuissance, ces abus de toutes sortes, et se transmettront de génération en génération.

On ne peut pas opprimer un peuple et espérer qu’ils s’épanouissent!

Le nombre officiel d’enfants ayant fréquenté les pensionnats est de 150 000.

7310 corps furent jusqu’à présent retrouvés

Sans au revoir

Sans sépulture

Dans un total anonymat…

Plus de 7000 petits corps entassés dans des fosses furent jusqu’à présent retrouvés.

Ces enfants ont souffert de maltraitance, d’humiliation, de famine, d’abus physique, émotif et sexuel!

Ils étaient nés de la mauvaise couleur.

On a pourtant tout fait pour les rendre plus blancs que blancs, mais ce n’était jamais assez suffisant.

L’histoire a parlé sans s’écrire…

L’histoire s’est aussi tue, trop longtemps

C’est avec ces 14000 mains, de ces 7000 petits corps retrouvés, que l’on va pouvoir réécrire l’histoire.

Il faudra mettre les pendules à l’heure de la Vérité. Tout simplement parce que toutes vérités, belles ou laides, aident à guérir et nous libèrent d’un fardeau.

Quand le silence ne fait plus office de loi, on entre dans un processus de guérison et là où il y a de la lumière, il y a lueur d’espoir.

Pour ces victimes innocentes, ces âmes meurtris, nous demandons à toi, Ste-Katari de bien vouloir déposer tes mains bienveillantes sur chacun d’eux, afin de guérir leur cœur et leur apporter plus de paix.

Et fait en sorte que plus jamais, ils ne redeviennent le peuple invisible.

 

Je vous invite donc à prendre un enfant par la main, pour l’emmener vers demain…»

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