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13 juin 2022

Lucie Charest - lcharest@lexismedia.ca

Délier la langue : du pensionnat à la CCUNESCO

Richard Kistabish parle et fait parler de sa langue, de sa culture

Richard Kistabish

©Gracieuseté Minwashin – crédit : Marie-Raphaëlle Leblond

Richard Kistabish n’hésite jamais à accepter chaque tribune qui lui est offerte.

La voix d e Richard Kistabish semble attirer tous les médias d’actualité telle une flamme dans la nuit. Tous les micros, toutes les caméras, toutes les portes lui sont grandes ouvertes. Normal, il œuvre à redonner vie à une voix qu’on a tenté d’étouffer, de rendre muette.

«Je suis content. Bien sûr que je suis content, content et surpris», avoue Richard Kistabish lorsqu’on lui demande s’il apprécie ce succès associé à l’exposition Nin. Cette exposition sur les enjeux et la revitalisation de la langue anicinabeg a été inaugurée à l’UNESCO à Paris au printemps 2022. Elle est par la suite revenue au pays pour être d’abord présentée dans des écoles anicinabeg primaires et secondaires de l’Abitibi-Témiscamingue et conclure sa course à la galerie du Rift à Ville-Marie pour l’été.

Dans les communautés

En présentant l’exposition dans les communautés, l’intérêt généré chez les dignitaires de l’UNESCO a toutefois fait place à une réalité terrain qui a confirmé Richard Kistabish dans sa démarche.

«Cela a été très enrichissant et révélateur, a-t-il poursuivi. Cette rencontre dans les communautés. Ils se posent beaucoup de questions sur la transmission de leur langue dans leur communauté. Cette préoccupation sera plus sérieusement abordée. Depuis la fermeture des pensionnats, nous savions qu’il y aurait un problème de transmission de la langue. Mais nous n’avions pas la mesure de l’étendue des difficultés qu’il y aurait à revitaliser la langue, pour la remettre sur ses rails. Actuellement, nous sommes dans un mode de réflexion, de questions, mais la langue n’est pas encore sur ses rails.»

«Nous sommes affectés dans notre cœur, mais il faut laisser le temps au cœur de se rendre à la raison pour qu’on puisse être réaliste dans ce processus» - Richard Kistabish

Pour le moment, selon M. Kistabish, l’heure est aussi à l’expression des émotions liées à la quasi-disparition de la langue dans les communautés. C’est aussi ce qu’il a constaté en y présentant l’exposition.

«Nous sommes affectés dans notre cœur, mais il faut laisser le temps au cœur de se rendre à la raison pour qu’on puisse être réaliste dans ce processus», a-t-il fait observer.

Nomination

Richard Kistabish

©Gracieuseté Minwashin

Richard Kistabish parle et fait parler de la culture et de la langue anicinabeg.

Depuis le 9 juin, Richard Kistabish est officiellement président de la Commission canadienne pour l’UNESCO (CCUNESCO). Pour lui, cette nomination représente une forme de reconnaissance des peuples autochtones. «C’est une occasion pour nous de frapper sur le tambour, de montrer que nous sommes toujours là, s’est-il réjoui. La Commission est une alliée importante : elle nous aide à ouvrir les portes de secteurs et d’institutions auxquelles nous n’avions pas encore pu accéder, et nous aide à investir un espace qui nous avait été retiré ou auquel l’accès nous était refusé.»

La CCUNESCO relève du Conseil des arts du Canada. Elle a été créée en 1957. Il s’agit d’un comité exécutif dont le mandat est de représenter la société civile. Pour Simon Brault, directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada, la nomination de Richard Kistabish à la présidence de la CCUNESCO allait de soi.

«C’est un homme riche d’une indispensable expertise comme rassembleur, organisateur et leader communautaire, a-t-il souligné. Son accompagnement sera particulièrement précieux durant la Décennie internationale des langues autochtones, alors que la Commission fera progresser ses priorités sur les plans des langues et des cultures autochtones en appui au processus de vérité et de réconciliation.»

«C’est important d’avoir atteint ce niveau de tribune. Il suffit de s’imaginer qu’il y a 60 ans seulement, j’étais au pensionnat»  - Richard Kistabish

Parcours

Rappelons qu’après avoir été successivement chef de la Première Nation Abitibiwinni et grand chef du Conseil algonquin de l’Ouest du Québec, il a été reconnu pour son engagement lié à la préservation du patrimoine culturel, l’avancement de la démarche de décolonisation du savoir et la valorisation des systèmes de connaissances autochtones. M. Kistabish est actuellement président de l’organisme Minwashin, il représente l’Amérique du Nord à l’UNESCO dans le cadre de la Décennie internationale des langues autochtones qui se poursuit jusqu’en 2032. Il a également reçu la Médaille de la paix du YMCA pour son travail à l’intérieur de la Commission de vérité et réconciliation. Il y a consigné des témoignages relatant les abus commis dans les pensionnats.

«Je me suis toujours fait un devoir de prendre toutes les tribunes pour parler de notre histoire, a indiqué Richard Kistabish. Quand celle de la CCUNESCO m’a été offerte, je l’ai acceptée. On ne peut pas refuser aucune occasion d’occuper un espace qui nous a été enlevé. C’est important d’avoir atteint ce niveau de tribune. Il suffit de s’imaginer qu’il y a 60 ans seulement, j’étais au pensionnat. J’en ai mangé des coups et des claques sur la gueule avant d’arriver où je suis aujourd’hui.»

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